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Soins aux oiseaux mazoutés : les bases

Pourquoi le degré de mazoutage n'est pas un critère d'euthanasie


Les oiseaux marins possèdent un plumage naturellement imperméable qui les protège du froid et assure leur flottaison. Une infime tache de mazout — même de la taille d'une tête d'épingle — suffit à détruire cette étanchéité. Pire : à chaque tentative de nettoyage, l'oiseau s'intoxique davantage au fuel.

Paradoxalement, un oiseau très mazouté dérive passivement et s'échoue rapidement, ce qui permet une prise en charge rapide. Un oiseau peu mazouté, lui, lutte contre le froid, la noyade et le jeûne, s'épuisant progressivement avant d'arriver sur la plage. Le degré de mazoutage n'est donc en aucun cas un critère pour décider d'une euthanasie.


Découverte d'un oiseau sur la plage


Un oiseau marin qui ne fuit pas à votre approche est, selon toute logique, un animal en difficulté. Les taches de mazout ne sont pas toujours visibles — et ne sont de toute façon pas la seule cause possible : hameçons, filets, épuisement, maladie… Par ailleurs, les marées noires ne représentent que la partie visible de l'iceberg. Les dégazages chroniques font chaque année des victimes silencieuses, moins médiatisées mais bien réelles.

Dès la découverte d'un oiseau vivant, sa prise en charge ne doit pas dépasser deux heures pour maximiser ses chances de survie. Il est attrapé à l'aide d'une serviette éponge qui le recouvre entièrement — yeux compris — pour limiter le contact avec le pétrole et réduire le stress de l'animal.

Le port de gants, masque et lunettes est obligatoire. N'oubliez pas que vous manipulez un animal sauvage : même épuisé, son instinct lui dictera de se défendre. Les grandes espèces comme le fou de Bassan ou le cormoran peuvent infliger de sérieux coups de bec — un bec effilé peut crever un œil. Les lunettes ne sont donc pas un accessoire facultatif.


Le transport


Les oiseaux sont transportés dans des cartons tapissés de papier journal, percés de trous sur les côtés pour l'aération. La taille du carton doit être adaptée : l'oiseau doit être maintenu sans être à l'étroit, pour éviter qu'il ne se blesse en cas de freinage. Les grandes espèces voyagent seules ; les petites espèces coloniales (macareux, guillemots, pingouins tordas) peuvent être regroupées par deux ou trois.

Les cartons doivent être espacés de 15 à 20 cm pour permettre la circulation d'air. Le fuel frais dégage des vapeurs : une bonne ventilation du véhicule est indispensable, pour les animaux comme pour les humains. La température intérieure doit être adaptée : 26-27 °C pour les oiseaux trempés ou mazoutés, légèrement moins pour les oiseaux secs. Au-delà d'une heure de trajet, une inspection régulière des animaux est nécessaire, avec hydratation selon les consignes du vétérinaire. Dans tous les cas : manipulations douces, voix basse, mouvements calmes.


Prise en charge à l'arrivée au centre


Chaque arrivée est répertoriée. L'oiseau est bagué, examiné et placé en infirmerie sous lampe infrarouge ou sur bouillotte selon sa température. Une fiche individuelle est établie avec température, poids, degré de mazoutage et état corporel général. Si les pattes sont très mazoutées, le plus gros est retiré à l'huile de table. L'intérieur du bec, si nécessaire, est nettoyé de la même façon avec un coton-tige modérément imbibé. La température est relevée chaque matin.

Les images peuvent laisser penser que tout se passe bien. La réalité est souvent bien différente : les agonies sont fréquentes, et les bénévoles y assistent, impuissants.


Alimentation


Les oiseaux sont réhydratés trois fois par jour, les repas suivant une heure après chaque réhydratation. Les rations varient selon les espèces : 60 ml pour les guillemots, 40 ml pour les macareux, 120 ml pour les fous de Bassan. Ils sont nourris avec des granulés pour oiseaux marins à base de farine de poissons et de crevettes, enrichis en vitamines (Lundi Exquisit, sacs de 15 kg). La bouillie est composée de 2/3 de granulés imbibés jusqu'à saturation et d'1/3 d'eau réhydratante, mixée puis filtrée à la passoire pour éviter d'obstruer la sonde. À chaque repas, les oiseaux sont d'abord testés avec des poissons frais. La transition alimentaire se fait avec de petits poissons comme l'éperlan ; les grandes espèces reçoivent des sprats ou des sardines.


Stabilisation et lavage


Le lavage est une épreuve physique intense pour l'oiseau — suffisamment stressante pour tuer un animal trop faible. La stabilisation est donc une étape indispensable : l'oiseau doit avoir récupéré un poids correct et une température corporelle de 40 °C avant d'être lavé. Le lavage dure au minimum 35 minutes avec la douchette développée par l'IFAW-IBRRC, conçue pour respecter la structure des plumes et garantir un jet homogène.


À proscrire : la machine à laver. Malgré ses promesses théoriques, elle s'est révélée plus lente (1h30 à 2h contre 35 min pour un laveur expérimenté), plus coûteuse, et potentiellement traumatisante pour l'animal. Elle coûte au bas mot 38 000 euros et ne permet pas la création d'émulsion entre savon et mazout — condition pourtant essentielle à un lavage efficace.

Le lavage magnétique (ferrite + électro-aimant) respecte parfaitement la structure de la plume mais présente une contre-indication majeure : la ferrite est une poudre facilement inhalée par l'animal.


Étanchéification du plumage


Après le lavage et le séchage vient la phase d'étanchéification : l'oiseau lisse, restructure et graisse lui-même ses plumes. Plusieurs séances en piscine d'eau douce permettent de tester la flottaison et donc l'étanchéité du plumage, tout en évitant les problèmes de blocage des tendons liés à une station debout prolongée. La surface de l'eau est continuellement renouvelée pour qu'aucune impureté ne vienne souiller le plumage en cours de réhabilitation.


Conditions de détention


Les oiseaux sont placés sur des filets (technique IFAW) dans des espaces chauds et aérés. Ce support souple évite les nécroses et arthrites aux pattes, et facilite l'évacuation des déjections. Litières de copeaux et papier journal sont déconseillés : ils favorisent le développement de l'aspergillose, un champignon pulmonaire responsable d'une forte mortalité.

Deux zones sont clairement distinctes :

  • L'infirmerie (25 °C + lampes infrarouges) : pour les nouveaux arrivants et les cas nécessitant des soins particuliers.

  • La stabilisation (23 °C, sans lampe) : pour les oiseaux en cours de rétablissement.

Un box intermédiaire est conseillé pour les oiseaux en transition : si l'oiseau se place sous la lampe le jour de sa sortie d'infirmerie, il y retourne. S'il s'en détourne, 20 °C suffisent. L'objectif est simple : réhabiliter les oiseaux le plus efficacement possible, en les gardant le moins longtemps possible en détention.

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