Campagne de vaccination H5N1 dans les Landes : une carte qui interroge
- Sibylline océans
- 28 févr.
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En 2006, face à la menace H5N1, les volailles françaises ont dû être confinées. Trois départements ont obtenu une dérogation pour préserver leurs labels de qualité : les Landes, la Loire-Atlantique et la Vendée. Suite à la campagne obligatoire de vaccination, seules les Landes sont restées concernées — la vaccination ciblant les élevages situés en zone humide.
Il suffit de regarder la carte pour constater qu'une large partie du département aurait dû être concernée : les Landes sont, historiquement, une zone marécageuse. Or les zones de vaccination retenues ne couvrent qu'une portion très partielle du territoire, alors que les trois quarts des élevages se situent au sud de l'Adour et que le département se trouve sur le couloir de migration Atlantique Est.
Une fois de plus, les décisions politiques en matière de faune sauvage ne tiennent pas compte de la réalité du terrain. Les conséquences sanitaires d'un tel décalage, dans un contexte de crainte pandémique, méritent d'être posées.
Dissémination d'antifongiques : trois aberrations
Lors des marées noires, la concentration d'oiseaux dans les centres de soins s'apparente à de l'élevage intensif. L'affection la plus redoutée est l'aspergillose (Aspergillus fumigatus), champignon filamenteux présent en permanence dans l'air, dont les spores de 2 à 3 microns pénètrent jusqu'aux alvéoles pulmonaires. Chez les oiseaux marins, il se localise au niveau des sacs aériens (aéro-sacculites). Ce n'est pas une zoonose, il n'y a pas de transmission horizontale : seuls les individus immunodéprimés — animaux comme humains — sont véritablement à risque.
Face à cette menace, le protocole américain préconise depuis 1993 l'itraconazole (Sporanox®) en préventif. En France, ce médicament est réservé à l'usage hospitalier — et ce n'est pas sans raison : les mycoses invasives à Aspergillus représentent la deuxième cause de mortalité par infection fongique à l'hôpital, avec une mortalité proche de 100 % chez les allogreffés de moelle osseuse. Son utilisation chez les oiseaux soulève trois aberrations majeures.
Aberration 1 — Pharmacologie. Le tube digestif des oiseaux présente une perméabilité à l'itraconazole quasiment nulle. Les sacs aériens, sièges des lésions, sont faiblement vascularisés et dépourvus d'escalator muco-ciliaire : le principe actif n'y parvient donc pas efficacement. Pour tenter de pallier cela, la dose préconisée est de 25 mg/kg — soit environ neuf fois la dose humaine — chez des animaux déjà fragilisés sur le plan hépatique et rénal.
Aberration 2 — Résistances. Des oiseaux traités et relâchés sans suivi peuvent disséminer des souches d'Aspergillus résistantes dans l'environnement. Certains ont d'ailleurs été récupérés quelques jours après leur relâcher, atteints d'aspergillose. Qu'en est-il des autres ? L'antifongique — comme l'antibiotique — doit être raisonné, même et surtout lorsqu'il s'agit de faune sauvage.
Aberration 3 — Coût. La couverture antimycosique doit couvrir toute la durée de réhabilitation, soit au minimum 15 jours. En 2002, une plaquette de 30 gélules à 100 mg coûtait 210 euros. Faites le calcul — d'autant que tous les centres n'étaient alors pas même équipés du strict minimum.
Conclusion. Administrer illégalement de l'itraconazole à des oiseaux dont on ignore le devenir, sans garantie d'efficacité, est contraire à la mission du vétérinaire. Se le procurer via des ATU ou sous le manteau depuis la Belgique est illégal — et criminel, car cela participe directement à la mortalité des patients immunodéprimés hospitalisés en favorisant la dissémination de résistances fongiques. La priorité doit être donnée aux traitements autorisés qui ont fait leurs preuves.

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