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Orques du Marineland d’Antibes : quelles solutions ? (Alpes-Maritimes)

Après un emballement médiatique qui a probablement ralenti les opérations d’exfiltration des animaux vers le Japon, il n’en reste pas moins que le destin des orques n’est pas scellé de la meilleure manière qui soit. Pour rappel et selon des sources internes, la nuit du 9 au 10 Janvier était avancée, il a même été question de la journée du 8 Janvier. Devant la rumeur, le vendredi précédent et avec l’arrivée d’une grue sur site, le préfet des Alpes-Maritimes a dû publier un communiqué pour rassurer. Il s’agissait d’un entraînement et non d’un transfert, au motif qu’aucune demande d’autorisation n’avait été formulée auprès de la DREAL (administration qui les délivre). Le problème est que le Marineland, en 1989, avait contourné l’autorisation et obtenu une dérogation de dernière minute, contraignant l’administration sous peine de la rendre responsable du probable décès des animaux pendant le transfert si elle n’accédait pas à la demande. Pour en avoir parlé au niveau du Ministère, cette éventualité était envisagée.


L’origine de la vente des animaux par le Marineland


Le zoo enregistrait une baisse de fréquentation depuis plusieurs années. Une entreprise, lorsque son chiffre d’affaires diminue, se doit de réagir. La loi sur la maltraitance animale du 30 Novembre 2021 n’a rien arrangé, interdisant tout spectacle à partir de 2026. Or, les recettes du parc aquatique proviennent en majorité de ces spectacles. Le public paie pour des numéros de clowns sinon, il embarque à bord de bateaux de whale-watching (qui n’ont rien d’écologique, soit dit en passant). Continuer d’entretenir des animaux qui rapportent moins ou bientôt plus n’est, pour une entreprise, pas tenable sur le long terme. Le zoo, pendant le confinement, parlait de 500 à 700 000 euros de frais de fonctionnement/mois (charge salariale, entretien des infrastructures, soins aux animaux, etc…), tous animaux confondus.


Qui sont les responsables de cette situation ?


L’entreprise, les associations anti-captivité, le Ministère, Pierre-Paul-Jacques ?

L’entreprise ?


On vient d’en parler et envoyer les orques à l’autre bout du monde n’est qu’une question de rentabilité, rien d’autre, car il existe d’autres solutions.

NB : le rôle des soigneurs durant la journée du mardi 9 Janvier ne fut pas à leur honneur et ils auraient pu/dû faire grève (Milgram ?). Ce qui s’est passé ce jour-là est un acte de maltraitance. Lorsque l’on gère des animaux sauvages échoués, on évite, au maximum, le maintien hors d’eau des animaux parce qu’il s’agit d’une situation stressante qui peut aboutir à la mort de l’animal (la faune sauvage est beaucoup plus sensible aux situations inhabituelles que les animaux captifs qui sont soumis à un « medical training » (entraînement médical : montrer sa pectorale pour une prise de sang, son ventre pour une échographie, etc…) et qui connaissent l’humain depuis leur naissance pour ceux nés en captivité). L’approche est très différente entre la contention réalisée par un vétérinaire travaillant en zoo et celui travaillant en milieu naturel. Outre le stress, la mise hors d’eau signifie une perte de certaines capacités physiologiques de l’animal pouvant conduire à un état de choc. Ni plus, ni moins.


Le groupe qui détient l’entreprise : Parques Reunidos ?

Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, ils ont déjà vendu le Miami Seaquarium. Le respect de la structure complexe qui régit les trois orques, mini troupeau, ils n’en ont réellement rien à faire. Plus de 16 millions d’euros ont été investis au début de l’année 2023 pour la réorientation du Marineland (source) !


Les associations anti-captivité :

Pour quelle raison les mentionner, n’est-on pas dans un scénario de bons et de méchants ?

C’est un peu plus complexe.

Elles sont au nombre de deux, en France : One Voice qui avait lâché le combat en 2010 et qui l’a repris en parallèle de C’est assez ! en 2014 et donc C’est assez !

Le financement de chacune n’est pas le même : One Voice a des salariés, C’est assez ! n’en a pas. Leur point de vue est divergent quant au devenir des animaux. Les deux ont travaillé à l’aboutissement de la loi sur la maltraitance animale. Mais alors, en quoi auraient-elles une part de responsabilité ?

Etre lanceur d’alerte, c’est bien et nécessaire à la prise de conscience. C’est grâce à cela que la place de l’animal en tant qu’être sensible s’est installée au sein des foyers, pas tous malheureusement. Quand il s’agit de captivité, il faut cependant être extrêmement prudent et ne pas laisser croire tout et n’importe quoi, notamment à l’égard de ceux qui s’en occupent. Ce ne sont pas des tortionnaires d’animaux, comme en conclut souvent le public adhérent de ces associations. Ils les connaissent et ce n’est pas dans l’intérêt d’un zoo d’embaucher des personnes incompétentes. Qu’il y ait des personnes plus attentionnées que d’autres à l’égard de leurs protégés, c’est possible mais les variations individuelles s’observent partout. De même, ce n’est pas parce qu’un animal est malade que ceux qui en ont la charge sont à l’origine de son état de santé. Ils sont responsables des soins donnés et à donner. Il y a énormément de facteurs qui interviennent dans une pathologie et notamment ceux, environnementaux, la notion de bien-être animal en étant l’une des composantes. Dans le milieu de la captivité, le modèle de la pyramide de Maslow (hiérarchisation des besoins d’un individu) servait à l’évaluer et souvent de conclure qu’un animal qui se reproduit est le signe qu’il va bien. Les neurosciences sont passées par là et ce qui était auparavant accepté l’est moins aujourd’hui, voire plus du tout.

En milieu contrôlé comme dans un zoo, pour les cétacés, l’espace est extrêmement restreint, comparativement aux distances parcourues en milieu naturel (variable selon l’espèce considérée) et il ne peut s’agrandir qu’en termes bien plus coûteux que pour la faune terrestre (surface disponible), les animaux inféodés au milieu aquatique évoluant en 3D (volume disponible). Et le Marineland n’est pas le pire des endroits en la matière. Même chose pour le respect des animaux.

Outre le manque d’espace et la pauvreté des interactions sociales imposées entre individus, les spectacles sont également décriés par les associations, à juste titre au regard des impacts sur la santé des animaux.

Vous mélangez les griefs des anti-captivité et vous aboutissez à la loi sur la maltraitance animale de 2021. Très bien, mais que fait-on des animaux ?

C’est en cela que les associations ont une part de responsabilité. Le but n’est pas de leur jeter la pierre mais d’identifier les conséquences des actions car ce que l’on vit aujourd’hui est lié à cette absence de concertation.

One Voice n’en démord pas, elle veut que les orques partent dans un hypothétique sanctuaire, The Whale Sanctuary Project, en Nouvelle-Ecosse. C’est assez ! préfère qu’elles restent à Antibes en attendant de trouver une meilleure solution.

Dans les deux cas de figure, QUI paie ??? Ceux qui ont exploité les animaux pendant des années ? Au vu de la politique de Parques Reunidos, autant dire que s’ils mettaient la main à la poche, ce ne serait que partiellement.


Le rôle du Ministère


La loi sur la maltraitance animale est une coquille vide car il n’existe aucun décret d’application qui aurait pu éviter cette tragédie (ou ce qui va en devenir une).

Un appel d’offre pour une étude de faisabilité pour des enclos marins a été lancé en Février 2023. Nous en avons parlé ICI.

Dans l’appel d’offre, le Ministère se réservait le droit de faire marche arrière au terme de la première étape qui consistait à évaluer les relations sociales entre les animaux au sein de chaque parc. Autant dire que la volonté du Ministère d’investir dans le projet ne semblait pas, à première vue, évidente.

Purement et simplement, cet appel a ensuite été annulé.

Des enclos marins représentent un investissement de quelques millions d’euros. Par conséquent, que les animaux du Marineland soient envoyés ailleurs, cela « tombe bien » pour le Ministère ! Pragmatisme, toujours. Et les autorisations de transfert seront données. Il y aura des recours, à condition qu’il n’y ait pas d’entourloupe pour les éviter, cela prendra du temps, tout sera bloqué mais au final, les animaux partiront.

Rappelons-le, Sibylline océans a été la seule à répondre à l’appel d’offre. La somme allouée était de 139 000 euros, autant dire dérisoire pour un projet en milieu marin. Dans ce que nous avons proposé, nous laissions la gestion des animaux et du fonctionnement aux deux parcs : Planète Sauvage et Marineland. A charge pour eux de financer le fonctionnement de l’hôpital pour les animaux marins, que l’appel d’offre imposait. Les recettes venaient majoritairement du public et des entreprises avec proposition d’une immersion sans se mouiller et surtout sans interaction visuelle directe avec les animaux. Les enclos étaient évolutifs.

Malgré plusieurs relances, aucun des deux zoos n’a répondu.

Dans le milieu de la captivité, les zoos communiquent entre eux. Toute personne extérieure, même force de proposition, est « louche », voire « extrémiste ». Qu’ils écoutent des voix d’autres horizons et qu’ils en tiennent compte est donc utopique.

Si chacun campe sur ses positions, quelle solution pour les orques ? Elles partiront au Japon, à plus ou moins long terme, c’est inéluctable, nous l’avons déjà dit.

Par conséquent, actuellement, seul un zoo français pourrait échanger avec le Marineland pour qu’il change d’avis. Il fut un temps où le zoo de Beauval était intéressé par les cétacés d’Antibes. Il a fait marche arrière à cause des actions des associations anti-captivité. Les deux zoos sont d’origine familiale, Beauval le demeure encore aujourd’hui.


Conclusion


Ce que nous proposons :

1. Un cessez-le feu immédiat entre les parties qui consistera : pour les associations à ne plus manifester ni mettre la pression sur le personnel du Marineland, pour le zoo : à cesser tout entraînement et à permettre une « surveillance » calme de ce qui se passe, au sein des infrastructures, par un représentant de chaque association.

2. un engagement de la part du Marineland à dialoguer et à geler tout transfert dans l’attente d’une solution pérenne, dans l’esprit du respect de la loi sur la maltraitance animale


3. Un appel à dons pour le projet qui sera retenu (Ndlr : nous faisons partie des associations qui proposons une solution concrète), dans un pot commun, à gouvernance indépendante


4. Une occupation de l’espace médiatique IDENTIQUE pour chaque protagoniste, comme pour des élections


5. Au-dessus de la mêlée : trois scientifiques qui connaissent les orques et qui sont chacun des références dans leur domaine, éthologie et bio-acoustique.

Et pourquoi pas le Whale Sanctuary Project en France ? Ils ont déjà récolté 10 millions d’euros. Mais quelle idée de vouloir faire voyager des orques en Nouvelle Ecosse alors que l’on ne cesse d’avancer les risques d’un voyage au Japon ? Certes, l’avenir ne sera pas le même mais le WSP n’existe que sur le papier et dernièrement, les autorités ont demandé des analyses du milieu pour leur donner leur accord. En ce qui nous concerne mais peut-être cela va-t-il nous attirer les foudres des admirateurs de ce projet, il est impensable de monter un projet sans préalablement analyser l’état du milieu. Et cela se fait sur une année car selon les périodes, l’océan n’est pas soumis aux mêmes impacts anthropiques, météo, etc… Ce n’est pas une fois les animaux dans les enclos qu’il faut penser à gérer les problèmes, de la même manière qu’une acclimatation à un milieu inconnu est nécessaire. Tout cela s’anticipe. Par ailleurs, comment soigner des animaux en mauvaise santé (les orques du Marineland), qui nécessitent des soins journaliers, dans un espace 3D aussi grand que celui proposé (lors de l’appel d’offre, nous avions étudié tout ce qui était envisagé ou avait été réalisé, donc nous le connaissons).

Bref, que l’on pense enfin aux orques et que l’on cesse de magnifier la Nature comme un espace de liberté idéal ; sinon, elles vont en crever !

 
 
 

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