Mal à la France
- Sibylline océans
- 28 févr.
- 5 min de lecture
Carton rouge pour l'Écureuil
Fin janvier, lors de la marée noire du Prestige, le centre de soins des Landes — situé à 100 km de la côte — lance un appel au secours : un centre de pré-soins doit être établi d'urgence sur le littoral. L'appel ne sera pas entendu, ou si faiblement qu'on nous fait comprendre que la demande doit provenir d'une association et non d'un seul individu — alors même que le centre landais était sous la responsabilité d'une association et d'une fédération. Le courrier demandé est rédigé. Il reste sans réponse. Pendant ce temps, 40 % des oiseaux meurent pendant le transport. Sans commentaires.
Une banque nous voit ensuite œuvrer dans le centre de pré-soins des Pyrénées-Atlantiques et souhaite nous aider sous forme de partenariat pour les Landes. Même réponse : il faut un interlocuteur associatif. Nous fondons Sibylline, dont les statuts sont enregistrés le 4 mars 2003 à la Préfecture de Mont-de-Marsan et publiés au Journal Officiel le 19 avril 2003. Entre-temps, malgré son engagement officiel, la banque nous a tourné le dos. Merci l'écureuil ! On est en droit de se demander si une marée noire, une fois passé l'attrait médiatique, ne perd pas tout son intérêt… commercial.
Campagne de vaccination H5N1 dans les Landes : une carte qui interroge
En 2006, les volailles françaises ont dû être confinées. Trois départements ont obtenu une dérogation pour préserver leurs labels de qualité : les Landes, la Loire-Atlantique et la Vendée. Suite à la campagne obligatoire de vaccination contre le H5N1, seules les Landes sont restées concernées — la vaccination ciblant les élevages situés en zone humide.
Il suffit de regarder la carte pour constater qu'une grande partie du département aurait dû être concernée : les Landes sont historiquement une zone marécageuse. Les trois quarts des élevages se situent au sud de l'Adour et le département se trouve sur le couloir de migration Atlantique Est des oiseaux. Les zones de vaccination retenues ne couvrent pourtant qu'une portion très partielle du territoire.
Une fois de plus, en matière de faune sauvage, les décisions politiques ne tiennent pas compte de la réalité du terrain. Quelles conséquences au niveau sanitaire, alors que tout le monde craint une pandémie ?
La machine à laver le piaf… fruit de plusieurs années de recherche
Cette machine est munie d'un cylindre dans lequel l'oiseau est maintenu par un carcan métallique, ailes déployées et tête recouverte. L'animal est ensuite soumis à des cycles de lavage et rinçage à 40 °C.
Les qualités théoriques n'ont pas tenu leurs promesses. Les 7 minutes annoncées peuvent être multipliées par 10 à 15. La contention dans un cylindre est stressante et peut provoquer des blessures. Le produit projeté ne permet pas la création d'une émulsion entre le pétrole et le savon — condition pourtant essentielle à un lavage efficace. La tête doit être nettoyée manuellement et un deuxième lavage est souvent nécessaire, ce qui double la durée des opérations. Au final : 1h30 à 2h contre 35 minutes pour un laveur expérimenté, pour un coût bien supérieur — la machine coûte au bas mot 38 000 euros, sans parler de la consommation électrique. Le nombre de laveurs formés est bien plus facilement multipliable que des machines.
Quand on sait que ces engins tendent à s'imposer dans les SDIS littoraux comme seule réponse à la prise en charge de la biodiversité, ça laisse rêveur.
Dissémination d'antifongiques : trois aberrations
La détention d'oiseaux en grand nombre lors d'une marée noire s'apparente à de l'élevage intensif. L'affection la plus redoutée est l'aspergillose (Aspergillus fumigatus), champignon filamenteux dont les spores de 2 à 3 microns pénètrent jusqu'aux alvéoles pulmonaires. Chez les oiseaux marins, il se localise au niveau des sacs aériens (aéro-sacculites). Ce n'est pas une zoonose, il n'y a pas de transmission horizontale : seuls les individus immunodéprimés sont véritablement à risque. Chez l'hôte immunocompétent, les défenses non spécifiques éliminent le champignon ; chez le patient immunodéprimé, les conidies germent et provoquent une pneumopathie sévère.
Face à cette menace, le protocole américain préconise depuis 1993 l'itraconazole (Sporanox®) en préventif. En France, ce médicament est réservé à l'usage hospitalier — et ce n'est pas sans raison : les mycoses invasives à Aspergillus représentent la deuxième cause de mortalité par infection fongique à l'hôpital, avec une mortalité proche de 100 % chez les allogreffés de moelle osseuse.
Son utilisation chez les oiseaux soulève trois aberrations.
Aberration 1 — Pharmacologie. Le tube digestif des oiseaux présente une perméabilité à l'itraconazole quasiment nulle. Les sacs aériens, sièges des lésions, sont faiblement vascularisés et dépourvus d'escalator muco-ciliaire : la distribution du principe actif y est très limitée. La dose préconisée pour tenter de pallier ces inconvénients est de 25 mg/kg — soit environ neuf fois la dose humaine — chez des animaux déjà fragilisés sur le plan hépatique et rénal.
Aberration 2 — Résistances. Des oiseaux traités et relâchés sans suivi peuvent disséminer des souches résistantes dans l'environnement. Certains ont été récupérés quelques jours après leur relâcher, atteints d'aspergillose. Qu'en est-il des autres ? L'antifongique — comme l'antibiotique — doit être raisonné, même et surtout lorsqu'il s'agit de faune sauvage.
Aberration 3 — Coût. La couverture antimycosique doit couvrir toute la durée de réhabilitation, soit au minimum 15 jours. En 2002, une plaquette de 30 gélules à 100 mg coûtait 210 euros. Faites le calcul — d'autant que tous les centres n'étaient pas même équipés du strict minimum.
Administrer illégalement de l'itraconazole à des oiseaux dont on ignore le devenir, sans garantie d'efficacité, est contraire à la mission du vétérinaire. Se le procurer via des ATU ou sous le manteau depuis la Belgique est illégal — et criminel, car cela favorise la dissémination de résistances fongiques et participe directement à la mortalité des patients immunodéprimés hospitalisés. La priorité doit être donnée aux traitements autorisés qui ont fait leurs preuves.
Éoliennes offshore : énergie renouvelable ?
Les éoliennes offshore sont présentées comme une énergie dont la consommation ne diminue pas la ressource à l'échelle humaine. Plusieurs questions méritent d'être posées.
D'abord, la pertinence d'une étude d'impact financée et fournie par l'entreprise candidate elle-même : si l'étude s'avère défavorable à l'environnement, l'appel d'offre n'est pas remporté. Une évaluation indépendante ne serait-elle pas souhaitable ?
Ensuite, pour évaluer un impact sur un environnement, encore faut-il en connaître la composition. Or, pour les zones d'implantation prévues — au large de Guérande et de la Bretagne — aucun recensement précis des espèces marines n'existe à ce jour. Comment évaluer un impact anthropique sur des espèces dont on ignore l'existence ?
Enfin, les champs électriques et magnétiques générés par les câbles d'acheminement constituent une véritable menace pour les espèces marines, quelle que soit leur position dans la colonne d'eau. L'enfouissement des câbles est souvent avancé comme solution palliative — mais la chaleur qu'ils dégagent détruit toute vie environnante. Sans oublier la pollution sonore, en phase de construction comme en fonctionnement : bruit des pâles transmis à la colonne d'acier, moteurs des embarcations d'entretien…
La définition d'énergie renouvelable s'applique-t-elle vraiment à l'éolien offshore ? Ou s'agit-il surtout de profiter à une poignée de multinationales, à grand renfort de subventions publiques ?



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