Gestion des catastrophes en France
- Sibylline océans
- 28 févr.
- 3 min de lecture
Avertissement
Cet article est le récit factuel de ce qui s'est réellement produit lors d'échouages en France. Son ambition n'est pas de mettre en cause des individus — personne n'est nommé — mais de dénoncer une situation systémique dont les conséquences directes sont la souffrance animale et, parfois, la mise en danger de vies humaines. Tant que les choses resteront en l'état, ces situations se reproduiront.
Les fiches d'échouage : un outil utile mais insuffisant
Lors de chaque échouage de cétacé, une fiche de données est établie. Elle recense le lieu, l'espèce, le sexe, l'état de décomposition, les prélèvements effectués, et — si l'animal est vivant — l'heure de découverte, les tentatives de renflouement, les soins prodigués et l'identité des intervenants. Ces données permettent d'établir un rapport annuel des échouages sur les côtes françaises.
Utiles comme première étape, elles restent cependant insuffisantes pour déterminer les causes exactes d'un échouage. Une autopsie systématique et rigoureuse devrait être la règle. Elle ne l'est pas.
Décembre 2001 : trois cachalots sur une plage landaise
Le 23 décembre 2001, trois jeunes cachalots de 10 à 15 tonnes s'échouent sur une plage des Landes. À leur découverte, un est déjà mort. Deux survivent encore. Des volontaires tentent de les repousser à l'eau — mais pousser dix tonnes de cétacé ensablé relève de l'impossible.
Le « spécialiste » arrive cinq heures après la première alerte. Entre-temps, la commune dispose pourtant d'engins de chantier et de l'autorisation de circuler sur la plage. Les moyens existent. Mais on attend. On attend l'avis du spécialiste.
Celui-ci, à son arrivée, cherche un vétérinaire pour procéder à l'euthanasie — la réponse systématique française face aux échouages d'animaux vivants. Le matériel disponible est celui utilisé pour les bovins : inadapté à un cachalot. La quantité de produit injectée correspond à l'euthanasie de cinq chiens de dix kilos. L'opération échoue. Une tentative d'injection intracardiaque au trocart à vaches — vingt centimètres de long — ne permet pas d'atteindre le cœur mais transperce l'animal. Résultat : douze heures d'agonie pour le premier cachalot, vingt-quatre heures pour le second, pour qui rien ne sera tenté.
La conclusion s'impose d'elle-même : l'absence de moyens adaptés n'est pas une fatalité, c'est un choix. L'Angleterre, l'Espagne et l'Italie disposent d'infrastructures efficaces, soutenues par leurs gouvernements. La médiatisation de tels événements aurait pu — aurait dû — servir à alerter l'opinion sur ce manque criant. Elle ne l'a pas fait.
Juillet 2007 : un baleineau rorqual abandonné au large de Nice
Un baleineau rorqual commun dérive entre Menton et Nice, émacié, épuisé, non allaité depuis plusieurs jours. La réponse des médias : « un allaitement artificiel est voué à l'échec. » C'est oublier les précédents documentés — dont JJ, baleine grise recueillie à huit jours et réhabilitée avec succès aux États-Unis.
Sibylline fournit toutes les informations nécessaires à la Principauté de Monaco, qui intervient sous l'impulsion du Prince Albert II. Deux laboratoires mettent gratuitement à disposition médicaments, réhydratants et lait artificiel. Les vétérinaires ayant réhabilité JJ transmettent leurs protocoles. Aucun retour.
Le responsable désigné tente d'abord de faire « adopter » l'animal, puis de l'apprivoiser via trois plongeurs. L'animal est perdu, retrouvé, puis des touristes se jettent à l'eau — faute de périmètre de sécurité établi. Résultat : l'animal est blessé, saigne, son statut sanitaire est inconnu, et quatre pompiers sont blessés — dont une vétérinaire — après avoir reçu l'ordre de contenir l'animal par la queue caudale. Soit l'équivalent de se placer en travers de la route d'un éléphant qui charge. Le baleineau est condamné à une lente agonie.
Le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Espagne, qui suivaient l'opération, en tirent leurs propres conclusions.
2007 : épidémie de Morbillivirus en Méditerranée
Entre janvier et octobre 2007, l'Espagne recense 192 échouages de dauphins bleus et blancs sur ses côtes méditerranéennes. 50 % des prélèvements sont positifs au Morbillivirus — le virus responsable de la rougeole chez l'homme. Face à cette épidémie, le gouvernement espagnol réagit rapidement : activation des réseaux d'alerte, convocation de tous les experts cétacés du pays, harmonisation de trois protocoles dans ses neuf centres de soins pour cétacés.
En France, où 64 échouages sont recensés depuis mi-juillet, la réponse se résume à cette citation de presse : on les laisse « mourir en paix ». Aucun centre de soins pour cétacés n'existe sur le territoire français. La veille sanitaire ? « Les moyens financiers manquent. » Faut-il attendre qu'une espèce soit au bord de l'extinction pour intervenir ? La réintroduction de l'ours dans les Pyrénées nous a montré ce que coûte l'inaction sur le long terme.
ACCOBAMS finira par intervenir — avec cinq mois de retard sur l'Espagne.


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